La 3e visite à l'orphelinat et à Saigon
Le 2 février 2006
Le nouvel an lunaire se termine, et tranquillement les boutiques s’ouvrent et la vie reprend dans la metropole de Saigon. Je suis ici depuis déjà 10 jours, et je repars ce soir pour Hanoi, et ensuite Ba Thuoc afin de reprendre le travail lundi prochain. Ce fut un voyage mémorable, et un autre passage obligé dans ma démarche d’adoption. Plus que jamais, je comprends les exigences d’être père et elles ont testées mes limites.
Arrivée a Saigon à minuit le 23 janvier, puis mototaxi jusqu’a l’hôtel. J’avais hâte de revoir Rémi et de passer du temps avec afin d’apprendre à le connaître et bâtir une relation entre nous. Quelques heures de sommeil et déjà, je me levais pour me rendre à l’orphelinat pour le voir. Les quatre jours de visite étaient devenus routine, à jouer avec lui et les cubes, prendre des marches autour des bâtiments de l’orphelinat, lui faire faire la sieste après le lunch. J’ai commencé à lui parler plus en français, et déjà il comprenait bien le nom de deux couleurs – bleu et rouge ainsi que oui et non. Il a commencé aussi à me donner des choses, puis à me les demander ensuite en étendant sa main. Puis en changeant sa couche, il s’est mis à sourire et à rire lorsque je le chatouillais. Il s’ouvrait! En revanche, il ne me laissait pas le nourire ni lui donner à boire, et sa nourrisse devait donc le faire.
Mardi, j’ai demandé à l’orphelinat, qui fermait vendredi pour plus d’une semaine, si je pourrai sortir Rémi pendant 5 jours et l’amener avec moi à l’hôtel afin qu’on puisse tranquillement s’habituer un à l’autre. À ma grande surprise, ils ont acquiescé! J’aurai donc la chance de vivre vraiment ce qu’est être papa et passer du rêve à la réalité. De plus et comme encouragement cosmique, le dossier d’adoption de Rémi fut complété mercredi, et l’adjointe administrative, Mme Yen, me demanda si je pouvais le porter en personne au bureau de services judiciaire. Ah que oui! J’étais content d’avoir franchi cette nouvelle étape qui fait davantage avancer le processus d’adoption. De retour à l’hôtel, je sortis pour faire des courses et me préparer: linge en 3 habits pour le vêtir, bac en plastique pour lui donner un bain, couches et essuie-tout, jeu de quilles en plastique, pyjamas, serviettes, sandales, gâteries, etc.
Jeudi le 26 janvier, j’ai dû changer de guest house le matin afin d’avoir une chambre un peu plus grande, avec lit double et lit simple. Et je devais en informer l’orphelinat afin qu’ils aient mes coordonnées. Puis ensuite je partais pour l’orphelinat prêt à recevoir Rémi à mon hôtel. J’ai passé une heure avec lui à l’orphelinat, puis on est parti ensemble. On a monté l’autobus, et à ma grande surprise, il était calme et s’est assis à côté de moi. Plus de 30 minute de trajet, puis on est descendu afin de visiter le zoo de Saigon. Il a marché un peu, mais j’ai aussi eu à le prendre dans mes bras. On a vu les girafes, éléphants, oiseaux, reptiles, etc. Et je pense qu’il a bien aimé. L’activité ne lui a pas fait peur, mais il faisait chaud ! Un peu avant midi, nous avant pris un taxi et sommes retournés à l’hôtel. La gérante de l’hôtel était sec lorsqu’elle a vu Rémi, malgré le fait que je l’avais prévenu que je viendrais avec un enfant de 2 ans. Elle se plaignait déjà qu’il pleurerait et qu’il causerait du trouble, et finalement j’ai dû lui demander de sortir de ma chambre car elle me bouleversait pas son attitude négative…
Je suis sorti avec Rémi afin d’acheter un lunch vietnamien de riz, viande et légumes sans savoir s’il allait manger. Je suis retourné à ma chambre afin que ce soit plus privé, puis j’ai tout coupé en petits morceaux dans l’assiette. Il ne voulait pas manger. J’ai donc commencé à manger seul, puis après 20 minutes il est venu car il avait faim. Il m’a laissé le nourrir, et ce fut un grand soulagement pour moi. Après le repas, j’ai sorti les méga blocs que j’avais achetés à Thanh Hoa, et il était bien content de jouer avec. Puis en fin d’après-midi, j’ai fermé les rideaux puis je me suis étendu sur le lit. Il ne voulait pas faire la sieste et a continué à jouer, mais finalement il s’est couché par terre, fatigué.
Le soir, j’ai essayé de mettre la télé, mais il ne semble pas habitué et ne la regardait pas. J’avais acheté des DVD pour enfants dont mes préférés – Ice Age, Bambi, et Finding Nemo mais rien à faire. J’ai pu lui changer la couche à plusieurs reprises, et même avec ses cacas tout allait bien. Vers 9 h, j’ai tamisé la lumière puis je me suis couché. Finalement, il est venu s’étendre sur le lit et a bien dormi sa nuit. Une autre victoire! Le matin, petit déjeuner de céréales avec pommes et bananes fraîches coupées, et il a tout mangé. Lorsque vint le temps par contre de lui changer son linge, il s’est mis à crier assez fort quoiqu’une fois le linge sur le dos, il s’est vite calmé. C’est tout ce que ça a pris pour que la gérante vienne cogner à la porte de ma chambre. Et elle s’est mis à se plaindre qu’il avait pleuré beaucoup (ce qui n’était pas vrai), que la chambre était sale (pas vrai non plus) et qu’elle avait eu plusieurs plaints de clients à mon sujet (encore faux je présume). Et moi qui étais si fier de Rémi et du fait qu’il avait était exemplaire! J’étais fâché et encore une fois, j’ai dû mettre la gérante hors de ma chambre. Mais le mauvais feeling persistait. J’ai donc pris Rémi dans mes bras, et j’ai fait le tour du quartier pour essayer de trouver un autre hôtel. Étant donné que c’était le congé du nouvel an lunaire, les hôtels étaient pleins. Et certains ne voulaient simplement pas louer à un adulte avec enfant.
Finalement, j’ai trouvé une guest house sur une ruelle tranquille, un peu plus chère mais avec frigo et un peu plus grande. Les dames qui s’occupaient du gîte ne parlaient pas l’anglais, mais elles étaient sympathiques. J’ai donc tout déménagé, sacs et enfant sous le bras. Pour vendredi, je n’avais prévu aucune activité, car je voulais me donner la chance de voir comment ça irait avec Rémi. Nous avons donc simplement pris des marches dans le quartier, puis nous avons passé beaucoup de temps dans la chambre à jouer avec les méga blocs. Pour samedi, j’avais pensé qu’on pourrait acheter un forfait d’un jour afin de visiter le delta du Mekong, une petite balade bien tranquille… Rémi ne fut pas d’accord. Le matin venu, nous avons pris le minibus avec les autres touristes mais aussitôt dedans, il s’est mis a hurler, et je dû débarquer. J’ai donc perdu mon argent, et nous sommes retournés à l’hôtel. Ensuite j’ai pensé qu’on pourrait aller dans un grand hôtel et utiliser leur piscine, ce qui est généralement possible moyennant un frais d’entrée. J’ai donc pris en main mon guide touristique afin de contacter les différents grands hôtels pour savoir ceux qui permettent au public l’entrée, et aussi pour savoir s’ils avaient une section pour enfants. De tous mes appels, un seul rencontrait les critères – l’hôtel Rex.
J’ai donc pensé prendre un cyclo-taxi sur lequel on est bien assis sur une banquette, mais aussitôt dessus, Rémi se mis à hurler et à me donner des coups de pieds et de poings. Et tout le monde nous regardait. Me disant que nous n’allions pas loin, j’ai gardé mon calme et essayé de le calmer aussi, sans succès. La police nous regardait et en plus, notre cyclo ne trouvait pas le chemin et tournait en rond! Finalement, j’ai vu l’affiche du Rex et j’ai débarqué. Aussitôt, Rémi arrêta de pleurer. Au Rex, je me rendis à la piscine mais une fois sur place, je constata qu’elle n’avait pas de section pour enfants comme on me l’avait dit. J’ai donc dû repartir, fatigué. J’avais vu le Sheraton pas très loin, donc j’ai pensé aller faire un tour. Wow! Quelle belle piscine, avec section pour enfants mais un seul hic – coût de 22.00 US $ par adulte ! À ce prix j’avais droit à la sale de poids et altères, mais non, c’était hors de mon budget! On m’a donc recommandé d’aller à un autre hôtel, le Métropole. J’ai donc pris un vrai taxi cette fois-ci, me disant que Rémi serait OK. Mais non, aussitôt à l’intérieur, il s’est mis à hurler et ce, jusqu’à destination. Une fois à l’hôtel, le concierge m’informa que la piscine n’était pas ouverte au public. Décidément, la journée tournait mal et la seule option était de retourner à notre hôtel, et jouer avec les blocs toute l’après-midi ! J’était hors de moi et bouleversé des crises de Rémi…
Le soir, il était plus calme et nous sommes allé au parc à côté ou il y avait une performance de chant et de danse pour le nouvel an lunaire. Rémi semblait apprécier la musique et je pu m’assoire avec lui sur moi, tout tranquille. Dimanche, même routine qui s’installa avec déjeuner, sortie et marche, retour, lunch, sieste, sortie et marche… mais voilà qu’il ne voulait plus marcher ni que je le pose par terre ! Ainsi notre seule activité tombait à l’eau! De plus, lorsque j’alla au resto pour acheter la bouffe, il ne me laissa pas m’assoire en attendant notre commande à emporter, et je devais rester debout sinon il se mettait à hurler au meurtre! Que faire? Au moins, il regardait un peu à la télé les programmes de musique et de danse traditionnelles du nouvel an, et semblait aimer les couleurs et la musique. J’essaya de faire une activité du bain le soir avec bac, eau et jouets, mais il ne semblait pas apprécier et resta à l’écart. Il me laissa le laver, mais ne voulait pas jouer dans l’eau.
Lundi matin, je tenta encore de le mettre par terre mais même scénario. Je donc décidé de l’amener avec moi au parc à côté, je trouva une section ou il n’y a pas de monde… et je le posa par terre. Il s’est vite mis à hurler, mais je le laissa faire, restant à ses côtés. Je réussis finalement à le distraire et il se clama, après s’être roulé à terre en criant. Puis je me mis à marcher et il me suiva. Ouff, on avait réussi! Un peu plus loin, j’essaya de m’assoire sur un banc mais il se mit encore a hurler, et je le laissa faire encore une fois. Deux occidentaux nous regardaient, et je décida éventuellement d’aller leur parler afin d’expliquer que je ne lui faisais pas mal, mais qu’il devait passer ses crises… ils étaient compréhensifs. Parfois, j’arrivait à le distraire avec des feuilles d’arbre que je brisais en petits morceaux, et il arrêtait ses pleurs. Ou encore des enfants venaient nous voir, et il arrêta aussi alors de pleurer. Épuisé, nous sommes retournés à l’hôtel. Mais au moins il avait repris à marcher…Nous avons joué ensemble dans la chambre et il se mettait a rire de plus en plus. Ce soir là, il a dormi mal et n’arrêtait pas de se gratter partout, se réveillant en pleurs. Je ne savais pas quoi faire, peut-être avait-il une allergie? Je me rappela alors avoir mis une couverture sur le lit, et je remarqua qu’elle est fait de laine. Je l’enleva ainsi que le drap, puis finalement il s’endormis et semblait bien. Ouff.
Mardi matin, ce fut le retour pour l’orphelinat avec un papa très fatigué. Nous avons pris le taxi jusqu’à l’arrêt d’autobus, et même s’il semblait un peu nerveux, il ne pleura pas. Du moins, pas avant qu’on débarque. Lorsque j’essaya de le déposer par terre, les hurlements commencèrent et les gens de la rue nous regardaient. Je tenta de le consoler, ignorant les regards et déterminé à ne pas succomber à sa crise, mais rien à faire… je dus le prendre dans mes bras. Je marcha un peu et trouva un petit coin plus tranquille et je le redéposa. Même chose, il se remis à hurler. Un homme en moto arriva à nos côtés, nous regarda et se mis à signaler sur son téléphone portable. “Ça y est!”, je me dis, il va appeler la police. Je repris donc Rémi dans mes bras et je marcha jusqu’à l’arrêt d’autobus qui arriva aussitôt. Il était plein à craquer, et on me donna un siège. Puis, les crises et hurlements recommencèrent et ce, pendant tout le trajet. Tout le monde regardait et il n’y avait rien à faire pour le calmer, même si je gardais mon sang froid. Découragé, je décida de débarquer du bus mais aussitôt que je me leva, il cessa ses pleurs! Si j’avais su, je me serais levé il y a longtemps, même si c’est difficile de tenir un enfant de deux ans d’un bras dans un bus, tout en se tenant debout avec l’autre bras.
Complètement bouleversé, j’arriva à l’orphelinat et leur donna Rémi, content de m’en débarrasser et je fis vite demi-tour pour reprendre le bus. J’avais le coeur gros, plein d’émotions de me pas avoir su comment ‘gérer ses crises’. Ce soir là, je pleura, ayant été poussé à mes limites et ne sachant plus si j’étais capable d’assumer le rôle de père et prendre ses crises en public. Je ne pourrai pas toujours le prendre dans mes bras, c’est impossible! Quoi faire, quoi faire? En fin de compte je me suis calmé et je suis allé sur Internet pour faire des recherches. J’ai trouvé des articles intéressants et des conseils pratiques. Garder le calme, distraire l’enfant si possible, etc. choses que j’essaierai la prochaine fois.
Notre séjour ensemble m’a vraiment fait comprendre beaucoup de choses sur la réalité d’être papa;
- un enfant de 2 ans prend énormément d’attention, même lorsque tout va bien. Il faudra donc que je trouve une gardienne même pour quelques heures ici et là afin de prendre un répit de temps en temps;
- les crises sont malheureusement normales et une façon pour l’enfant de communiquer. Il faut les accepter et apprendre à les gérer;
- notre monde social n’accepte pas facilement les enfants;
- un environnement de ville en hôtel n’est pas idéal pour garder un enfant. Il faut un parc, d’autres enfants, etc.
Je dois maintenant digérer mon expérience et ajuster ma perspective sur mon rôle de papa, et m’assurer que je suis prêt à continuer. Le prochain mois sera bon pour ça, réflexion et tout…