La 4e visite à Saigon
Février-mars 2006
Pendant les deux semaines suivants le conge de Tet, j’ai dû être patient et attendre. Monica qui allait à l’orphelinat me disait que le directeur avait envoyé mon dossier à Hanoi, et le bureau de services judiciaires de Saigon et de Hanoi disait de même. Tout semblait avancer, mais je ne comprenais pas le processus ni qui avait mon dossier. Peu importe, un appel à Saigon le 25 février m’annonçait que tout était presque prêt, et que bientôt je pourrais me rendre au bureau afin de signer des papiers. J’ai recontacté le bureau de Saigon deux jours plus tard afin de savoir si je pouvais me rendre le 27 février et Mlle Nga a répondu que oui. Elle a aussi dit que déjà, on pourrait fixer la date de remise officielle. Victoire !
Dimanche le 26 février, et me voilà à nouveau à l’aéroport Noi Bai de Hanoi, direction Saigon. Lundi matin, je me pointe au bureau de services judiciaires à 8h30, et Monica est là pour faire la traduction. J’ai eu à remplir quelques formulaires banals avec noms et adresses machin, comme j’avais l’impression d’avoir déjà rempli plusieurs fois. Mais il faut bien un peu de paperasse pour occuper les fonctionnaires, non ? Une fois remis, Mlle Nga a effectivement fixé la date de remise pour le 13 mars. Wow, quel bonheur ! J’ai pris la journée entière pour faire des visites de reconnaissance pour l’adoption : bureau de passeport afin de prendre le formulaire avec pochette bleu, consulat canadien pour formulaires de demande d’entrée au Canada et de citoyenneté. À mon grand soulagement, il semblerait que la responsabilité de rassembler les documents pour la demande de passeport incombe à l’orphelinat. J’aurai moi-même à déposer la demande au bureau de passeport, mais au moins ça donnera un bon coup de main car l’orphelinat sait comment le faire. Ouff. Pour le volet canadien, j’ai lu les documents et je serai prêt à déposer les demandes en temps voulu, la semaine du 13 mars.
Mardi, je me suis rendu à l’orphelinat pour visiter mon Rémi. Il ne voulait pas me voir, et s’est mis à hurler. J’ai dû le prendre dans mes bras 3 h de temps et il ne bougeait pas, un peu comme au début quand il était dans sa coquille. Finalement, en début d’après-midi il a commencé à bouger et à interagir, mais j’étais surpris de voir combien de temps ça lui avait pris avant de s’ouvrir. J’ai quand même réussi à lui donner à boire et on a passé de beaux moments ensemble. Le lendemain, même scénario qui me bouleversait un peu. Il était fragile et émotif, dans sa coquille. Mais quand il en sortait, il était assez joyeux et se mettait à jouer. Difficile de comprendre la cause, même si le rationnel voudrait bien tout expliquer…. Mais c’est comme ça, et c’est tout. Même chose le 3e jour, sauf que là ça lui a pris moins de temps, 30 minutes, avant de bouger et me lâcher. J’étais content de le voir, et je me sens plus prêt qu’au dernier voyage à assumer mon rôle de papa.
Le directeur de l’orphelinat m’a fait toute une surprise : Il voulait que je fasse le don. J’ai dit que je le ferai le jour de la remise, et je voulais confirmer le montant. Il m’avait dit il y a 2 mois que le don serait de 2000 Euros, mais il ne s’en rappelait pas et demandait 3000 Euros, montant que tous les Européens paient de toute façon. Mais ça fait une différence entre 2800 $Cdn et 4500 ! J’ai essayé de négocier avec lui, même si j’étais très mal à l’aise mais je savais bien que je n’ai tout simplement pas cet argent. Il était fâché et voulait me rappeler que mon dossier lui avait causé beaucoup d’ennuis et qu’il y avait mis beaucoup de temps. Je comprenais tout ça…mais il est parti. Je suis resté assis, sans trop savoir quoi faire, et il est revenu me voir quelques instants plus tard. 3000 $US, voilà son offre finale. Sans trop réaliser que cela représentait pour moi une augmentation de 800 $Cdn, je l’ai remercié profusément. Et là, je dois trouver les sous… mais il faut aller jusqu’au bout, et Rémi en vaut bien la chandelle. Je suis heureux malgré tout.
Je le quitte sachant que la fin du processus et le début de notre aventure est tout proche. J’appréhende le voyagement avec lui en avion, taxi et autobus mais j’essaie aussi d’avoir confiance. J’ai trouvé des calmants naturels que je vais lui donner le jour où on doit prendre le vol, espérant pour le mieux. Encore une semaine, et j’ai bien hâte de le ramener à Ba Thuoc et prendre ma semaine de congé de paternité et commencer notre nouvelles vie ensemble…