La dernière visite à l'orphelinat et à Saigon

La cérémonie officielle d’adoption

Dernière visite pour Saigon, et tant mieux car je commence à en avoir assez d’y aller.  Départ de Hanoi dimanche soir le 12 mars, arrivée très tard passé minuit.  Cette fois-ci j’ai décidé de resté à la petite auberge Betty qui est un peu plus dispendieuse (8$ au lieu de 5$) mais les proprios sont sympathiques, aiment les enfants et parlent le français très bien.  Lundi matin, je fais quelques courses afin d’avoir le nécessaire comme couches et jus, puis je prends l’autobus pour l’orphelinat.  Le grand jour est finalement arrivé !  Une fois à l’orphelinat, je vais voir Mme Yen afin de faire le don de 47 million dong (3 000 US$) et lui donner cette petite fortune que je traîne avec moi depuis un certain temps.  Tout se passe bien, puis on m’amène Rémi qui me fait une crise de pleurs.  Ça me prend un certain temps pour le calmer, puis je quitte sans nostalgie l’orphelinat pour prendre l’autobus avec Rémi.  La cérémonie sera en après-midi, donc je retourne à l’auberge pour nous installer et lui donner à manger.

Rémi est sensible et pleure beaucoup en attendant l’autobus puis une fois monté.  J’essaie de le calmer et après un certain temps il va mieux.  Au moins il ne fait pas de crise mais il pleure simplement.  C’est moins difficile à gérer et pour les gens alentours.  Après le lunch, on prend un taxi pour le bureau de services judiciaires et on arrive vers 3h00.  Le vice-directeur de l’orphelinat est supposé être présent pour la cérémonie, mais il n’arrive qu’à 4 h 00.  Rémi pleure et j’essaie de le calmer, sous les regards des gens qui attendent dans la grande salle.  Deux autres couples adoptifs se pointent pour leur cérémonie, mais on nous dit qu’une certaine Mme Binh est en réunion et qu’on doit attendre qu’elle se libère afin de signer les documents d’adoption. Rémi dors sur une chaise car le calmant que j’ai mis dans son jus a pris effet.  C’est plus facile comme ça.   5h00 arrive et toujours pas de Mme Binh, et là le bureau ferme, et j’ai peur qu’on nous demande de revenir le lendemain.  Mais finalement, elle se pointe et on procède aux cérémonies avec quelques signatures, la remise de deux feuilles importantes, prise de photos et tout est conclut en 7 minutes.  On a réussi !  L’adoption est officielle et je suis le père de Rémi !  Wow, quelle victoire !

De retour à l’auberge, je demande au proprio si le jeune homme qui tient la réception de temps en temps pourrait garder Rémi dans ma chambre pendant que je fais des courses le lendemain.  Il dit que oui.  Donc le mardi matin, je laisse Rémi entre bonnes mains et me lance à la course  pour faire photocopier et certifier les documents, puis je me rends avec le tout au bureau de passeport qui est bondé de monde.  Mais on me dirige vers un bureau tranquille, et j’attends tandis qu’on va chercher la personne qui s’occupe des dossiers de passeport pour enfants adoptifs.   La vérification se fait rapidement, et j’ai tout ce qu’il me faut.  Une fois le dossier complet et accepté, on me remet un papier comme quoi je dois ramasser le passeport dans 3 semaines…  Je me rends ensuite au bureau de traduction, mais là on me dit que je dois d’abord faire certifier les photocopies avant de les faire traduire.  Retour au bureau de certification puis ensuite au bureau de traduction.  Mais là elle me dit que certains documents ne peuvent pas être traduits car je n’ai pas l’original ni une copie conforme car je les ai remis avec la demande de passeport.  Retour au bureau de passeport pour reprendre les copies conformes, puis encore au bureau de traduction mais il est fermé.  Finalement, en après-midi, j’arrive à déposer tous les documents mais à ma grande surprise, la facture est assez élevée, environ 100$, et cela prendra 4 jours !  Puis, je me prépare à contacter l’intermédiaire qui est supposé m’aider à recevoir le passeport en 2 ou 3 jours quand tout à coup, je rencontre une femme viet qui va souvent à l’orphelinat.  Elle me dit qu’elle peut me l’avoir en 2 jours, moyennant un coût de 350$, ce qui est le prix courant.  Je suis d’accord, et je lui donne donc l’argent, les doigts croisés que tout ira bien.

Rémi s’accorde à merveille avec le jeune homme qui le garde, et j’en suis bien soulagé.  Ça me libère pour faire les courses, puis ça me donne aussi un petit répit.  À l’auberge, il pleure et ne mange pas beaucoup, donc ce n’est pas facile.  Mais on arrive quand même à faire nos journées.  Mercredi après-midi, je me rends avec lui chez le photographe pour les photos de passeport.  Rémi fait une crise de pleurs, mais je proprio est super sympathique et patient.  Il parle à Rémi, allant tout tranquillement, et prend quelques photos de temps en temps même si la pose n’est pas bonne, juste pour l’habituer.  Après une heure, on arrive finalement à le placer debout et à prendre les photos.  Ouff.  Quel soulagement.

J’ai appris un truc formidable pour qu’il cesse de pleurer... Si je vais dans le parc, et que j’arrive pour m’asseoir sur un banc avec lui dans mes bras et qu’il pleure, je le dépose par terre.  Il veut encore moins être par terre, donc quand je le reprends et le place sur moi, assis, il ne pleure plus.  Il s’agit de lui donner un choix, et de rester maître des choix que je lui donne.  Ce truc marche toujours et est plus efficace qu’essayer de le consoler.  Je trouve difficile de le prendre dans mes bras longtemps, surtout si je dois marcher.  J’avais donc acheté un harnais, mais j’appréhendais avoir à l’utiliser car j’étais certain qu’il pleurerait beaucoup.  Mais en fait il s’est habitué rapidement au harnais, et ce fut pour moi une grande victoire.  Dorénavant, je pouvais me promener avec sans trop forcer mes bras et mon dos.  Il ne mangeait pas beaucoup au repas par contre, et ce n’était pas facile.  J’étais inquiet.  Un soir, je suis arrêté au resto fast food Loteria pour m’acheter un burger et une frite, mais je comptais lui donner une bouillie de riz au porc.  Il n’en voulait pas.  J’ai essayé de lui donner des frites et il a bien aimé.  Je suis donc retourné au Loteria pour lui acheter une grosse frite, et ce fut son souper !

Jeudi avant-midi, je reçois l’appel me disant que son passeport sera prêt en après-midi.  Je passe donc au bureau vers 3h30, et une heure plus tard on me le remet.  Quel bonheur !  Une autre étape importante de franchie.  Je me rends ensuite pour faire des copies conformes, puis je scanne aussi le passeport afin de l’envoyer par courriel au CECI.  Vendredi matin, grand jour car je souhaite tout terminer et pouvoir repartir vers Hanoi le samedi.  Je passe pour ramasser les traductions, mais je dois attendre une bonne heure.  Finalement, documents en mains, je me dirige vers le bureau des Affaires Extérieures du Vietnam (AEV) pour une autre étampe afin que les traductions soient reconnues à l’étranger.  Une fois sur place, on me demande une photocopie de chaque document, et bien sûr il n’y a pas ce service sur place, donc je dois prendre un taxi afin d’aller les faire.  Retour 30 minutes plus tard, mais là on m’informe qu’avec tous les documents que j’ai en plusieurs copies, cela prendra 2 jours.   Je capote un peu, puis on s’entend sur le fait qu’ils en feront un exemplaire de chaque document seulement, et que je pourrai passer en après-midi pour les avoir. 

Ensuite, je me rends au consulat canadien afin de remettre les demandes de visa d’entrée au Canada et de citoyenneté.  Une fois sur place, on m’informe que le bureau n’accepte aucune demande le vendredi.  Quelle déception !  Je demande alors à parler au consule, et éventuellement je réussi à rencontrer son assistante.  Elle accepte de recevoir la demande de citoyenneté, et je dois revenir en après-midi pour lui remettre les documents étampés par AEV.  Idem pour la demande de visa, et en plus elle me dit que je pourrai avoir le visa en 2 h au lieu d’attendre 2 semaines.  Youppie !  Tout est fait, et je peux rentrer à la maison.  En après-midi, je passe pour prendre le passeport avec visa d’entrée pour le Canada, puis je dépose les autres documents.  Je retourne à l’auberge, puis je vais au café Internet afin de scanner et envoyer les traductions au CECI.  Ça y est, tout est fini.  Je passe au bureau de voyage pour booker nos billets d’avion, et en fait je décide de partir le soir même.  J’ai une écœurantite aigüe de Saigon, et il fera bon de quitter cette ville une fois pour toute.

Rémi a aidé à faire les bagages, mais une fois que tout était dans les sacs, il a eu peur et a pleuré.  Je lui ai donné son jus avec calmant, puis on a pris un taxi avec deux autres Canadiens qui se dirigeaient aussi vers l’aéroport.  Le trajet s’est bien déroulé puis aussi au comptoir de réception ainsi qu’au passage de sécurité.  Durant le vol, il a dormi pour la majeure partie, donc ça n’a pas été de problème.  Une fois à Hanoi, nous avons pris un autobus « shuttle » vers le centre-ville », puis un taxi jusqu’à l’hôtel et tout s’est bien déroulé.  Il a pleuré un peu, mais rien de grave.  Quel soulagement une fois rendu à l’hôtel vers 11h30 le soir dans la chambre !  Nous avons bien dormi, et le lendemain on est sorti se promener.  Ouff, le temps est frais ici et ça fait du bien après les chaleurs humides de Saigon.  Myriam, Brent et Érica étaient tous à Hanoi et sont venus accueillir Rémi.  J’ai fait quelques commissions, puis j’ai pris un taxi pour la station d’autobus.  J’avais encore donné le jus calmant à Rémi, donc il a dormi une bonne partie du long trajet de 6 heures de Hanoi à Ba Thuoc.  Il s’est quand même réveillé et prenait assez bien le voyagement, regardant par la fenêtre, sans trop pleurer.  Arrivée à 7h le soir à Ba Thuoc, et nous voilà à la maison.  Tous mes efforts m’ont mené à ce moment…

À la maison, tout est plus facile.  Il y a plus d’espace et j’ai plus de temps à passer avec.  J’ai dû enlever ce qui était à sa portée et mettre sur les hautes étagères car il touchait à tout !  Tranquillement, la routine s’est installée, et il s’est ajusté à son nouvel environnement.  Il mange de tout, même les patates pilées, toast avec beurre d’arachide, ragoût de bœuf,  spaghetti, gâteau aux bananes, soupe santé, etc.  Il se lève le matin vers 7-8 h, puis on déjeune.  J’arrive à faire le ménage, la cuisine et même le chanting avec lui à mes côtés, ce qui est fantastique.  La maison n’aura jamais été aussi propre !  Le lendemain de notre arrivée à Ba Thuoc, je me suis déjà informé avec l’aide de Huyen pour trouver une gardienne.  Ma proprio a recommandé Mme Hang, et déjà à partir de dimanche elle est venue en après-midi pour 4 h de temps afin de s’occuper de Rémi et me libérer, au coût de 50 sous de l’heure !  Mme Hang est revenue chaque jour de 13h00-17h00, et déjà lundi après-midi j’étais de retour au travail.  Ça fait du bien de re-intégrer la routine, et tout se passe à merveille.  Rémi s’est déjà attaché à Mme Hang, et quand je reviens à la maison après le travail et que je le prends d’elle dans mes bras, il fait une crise à chaque fois.

La vie est beaucoup plus facile ici qu’à Saigon dans un hôtel.  Il rit de plus en plus et nos vies se placent tranquillement au quotidien.  Il ne pleure plus maintenant quand je change son linge, ce qui est super.  On se promène sur la rue principale à prendre des marches et tout le monde est curieux de nous voir ensemble.  Tout le village sait que je l’ai adopté, mais Rémi est craintif des étrangers et se cache dans mes pantalons ou dans mes bras lorsqu’on l’approche. À la maison, il se couche à 12h30 pour la sieste, donc par le temps que Mme Hang arrive à 13h00 il dors déjà, et ce d’habitude jusqu’à environ 15h00.  Lorsque je reviens à la maison, je fais le souper, on mange, puis je lui donne son bain.  Finalement, avant le dodo, je mets les Télétubbies en DVD sur mon ordi et il adore !  Il regarde attentivement pendant un bon 20 minutes en tapant des mains et en faisant des sons au gré de la musique, puis je lui dis que le temps est venu de se coucher et il se rend au lit.  Je me couche alors avec lui, et une fois qu’il est endormi je me lève pour lire ou regarder un film. 

J’ai tenté cette semaine de l’entraîner à utiliser un bac pour faire ses pipis au lieu des couches.  Il n’a pas trop apprécié, et j’ai fait l’erreur de le chicaner les deux fois quand il a fait pipi dans le salon.  Par la suite, il ne voulait plus revoir le bac.  Deux jours plus tard, je me suis ré-essayé en tentant de rendre l’activité amusante, chantant une petite chanson pour capter son intérêt et afin qu’il fasse le lien avec pipi et bac.  J’ai même fait la démonstration plusieurs fois afin qu’il comprenne bien.  On dit que ça peut prendre 3 à 6 mois avant de réussir, donc on va continuer la semaine prochaine.  La vie de famille nous habite et c’est fantastique !