Adoption au Vietnam - la rencontre de mon fils!

Décembre 2005

Je suis épuisé après avoir passé tant de mois à rassembler les documents pour l’adoption, essayant tant bien que mal déchiffré chacune des étapes du processus.  Essais-erreurs multiples puis finalement, le 13 décembre, je remets mon dossier d’adoptant :

  1. Lettre d’intention de ma part (optionnel);
  2. Lettre de non-intervention du secrétariat à l’adoption internationale du Québec;
  3. Lettre de l’ambassade canadienne au sujet du statut de résidence de l’enfant et de son immigration;
  4. Rapport médical;
  5. Rapport psychosocial;
  6. Attestation de casier judiciaire du Québec;
  7. Attestation d’emploi du CECI;
  8. Certificat de résidence au Vietnam ainsi que bail étampé par le bureau de police;
  9. Demande d’adoption;
  10. Photos, copies de passeports.

premièrre rencontreChaque document devait être traduit, photocopié et notarié par un bureau gouvernemental à Hanoi.  Il ne manque que l’attestation de casier judiciaire du Vietnam qui me sera remise avant la fin de décembre.  C’était donc un jalon important que de déposer mon dossier et qu’il soit accepté par le département de l’adoption international du ministère de la justice du Vietnam.  Anxieux de finalement procéder dans ma démarche et arriver à mettre un visage sur mon futur enfant, j’ai demandé à M. Long de m’aider.  Il m’a recommandé de me rendre à un orphelinat à Saigon (Ho Chi Minh Ville) à 36 h de train de Hanoi où il m’assure que des enfants sont disponibles.  Le 15 décembre, je prenais un vol d’une durée de 2 h pour Saigon, et ce fut le début de cette étape critique. 

J’ai appris par la suite que l’orphelinat Tam Binh où je me suis rendu a une bonne réputation, en fonction de la qualité de l’accompagnement et aussi la santé et les soins aux enfants.  On m’a dirigé vers une certaine Mme Yen, qui parlait le français très bien, lorsqu’elle s’est permise de m’adresser la parole en peu de mots.  Elle me semblait très froide, sec et peu ouverte à dialoguer.  Un enfant m’a été présenté, Hoai Nam, 2 ans, mais il hurlait et je ne le trouvais pas beau du tout, chose que je n’aurais pas osé admettre.  Je m’attendais à ce qu’on me donne des choix, mais tel ne fut pas le cas.  Lorsque j’ai exprimé ma réticence face à l’enfant, Mme Yen m’en a quand même présenté un deuxième.  J’ai appris par la suite que j’avais été chanceux car la plupart du temps, il n’y a pas de choix ou de chance de choisir un autre enfant que celui présenté.  Le deuxième, Thanh An, était dans une section de l’orphelinat à part, et là les enfants semblaient malades, et lui non plus n’avait pas si bonne mine.  On m’a guidé vers la salle de séjour pour parents et enfants, où il a hurlé pendant plus d’une heure.  Sous les regards des parents adoptifs présents, je tenais mon petit garçon qui pleurait sans arrêt.  Pas très sécurisant.  Puis il s’est calmé, et je l’ai tenu dans mes bras une heure.  J’ai ensuite rencontré le directeur qui m’a demandé si j’acceptais l’apparentement de l’enfant... et j’ai répondu « oui ». 

siesteIl y avait un couple qui venait adopter leur deuxième enfant, le premier ayant environ 5 ans et s’appelant Rémi.  Avec mes choix de nom en tête - Mathieu, Maxime, Simon et Henri – j’ai vite réalisé que mon garçon s’appellerait Rémi.  J’étais content de rencontrer mon enfant, et de pouvoir lui donner son nom.  On a passé un peu de temps ensemble, et il est resté très tranquille.  Puis, je l’ai laissé sur l’heure du midi.  Ce n’était pas l’amour fou avec Rémi, mais j’avais l’intuition d’avoir « le bon ».  Je pense à ma vie aujourd’hui et ce que je veux le plus au monde, c’est être papa et lui offrir mon cœur et ma maison.  Le soir même, 24 h après mon arrivée, je reprenais l’avion pour Hanoi.  Et là, je devais prendre une décision :  aller en Thailande pour le temps des Fêtes ou retourner à Saigon pour visiter Rémi.  J’avais le billet d’avion pour la Thaïlande en main, et malgré tout le choix a été facile – Rémi.  Mon rôle de papa commence dès maintenant, pas plus tard.  J’ai donc jeté mon billet à la poubelle (aucun remboursement possible) puis j’en ai acheté un nouveau pour Saigon.

Suite à mon retour à Hanoi, j’ai pris rendez-vous avec M. Long pour l’informer de mon choix.  Il m’a émis une lettre importante qui demandait au bureau de Saigon du même ministère de la justice de débuter le processus d’adoption pour Rémi.  Je l’ai envoyée par courrier recommandé, mais elle ne s’est jamais rendue.  Une semaine et demie plus tard, je suis de retour à l’orphelinat avec 2 buts très précis : 1- m’assurer de la santé physique et psychologique de l’enfant; 2 – faire en sorte que le processus d’adoption débute et que les documents de l’enfant soient préparés.   J’ai passé lundi avec Rémi, et il n’a pleuré qu’un tout petit peu au début puis il s’est rapidement calmé.  Par contre, il reste dans sa bulle, et ne joue pas avec les jouets et n’est pas interactif du tout.  Mais, il est quand même attachant et tranquille.  Je peux donc le garder sur moi des heures.  Il aime aussi marcher, et quoi de mieux que sa petite main dans la mienne, à faire le tour du centre, comme deux bons amis.

MarcheMardi, j’ai réussi à avoir une permission spéciale pour le sortir et aller chez le médecin.  Tout s’est bien déroulé, mais c’était une grande aventure pour lui.  On a fait plusieurs tests de sang et rayons-X, mais on n’a pas réussi à lui faire donner un échantillon d’urine.  Même l’infirmière qui pouvait lui parler en vietnamien n’y arrivait pas.  J’avais prévu par la suite aller au zoo, mais j’ai senti que ça nous en faisait assez pour une journée.  L’orphelinat est plus facile pour lui, connu, et pour moi aussi.  De retour, j’ai demandé à une auxiliaire d’essayer de prendre son urine.  Rien à faire.  Je lui ai alors donner du jus, une bonne bouteille, puis c’est moi qui suis allé seul avec Rémi dans la chambre de bain.  J’ai réussi à lui baisser les culottes sans qu’il pleure trop, à le tenir debout avec le petit contenant sous son minuscule pénis, puis on a attendu.  20 minutes.  Et voilà, le petit miracle est arrivé.  Il a fait son pipi, et papa était très fier de lui.  Le lendemain, je recevais les résultats des tests et tout était beau : pas de VIH, ni d’hépatite qui est très courante chez les enfants.

Je suis allé au bureau du ministère de la justice de Saigon, et c’est là qu’ils m’ont dit ne pas avoir reçu la lettre.  Je leur ai dit que ce n’était pas grave, étant donné que j’avais une deuxième copie originale de la lettre, signé et étampée en bonne et due forme.  Ils ne voulaient pas la prendre.  Je suis alors allé au bureau de poste pour retracer la lettre, mais la dame m’a disait qu’elle ne pouvait rien faire !  Je suis alors retourné au bureau du ministère, me disant que j’allais attendre debout jusqu’à ce qu’on prenne ma lettre.  Et j’ai gagné.  On m’a dirigé au bureau d’un homme qui s’occupe des dossiers d’adoption, et il l’a accepté.  Il m’a même fait de l’œil et tenté un peu de me séduire.  C’est maintenant à lui de jouer, et il doit envoyer une requête à l’orphelinat pour le dossier de Rémi.  Et là commence vraiment l’adoption, qui pourra prendre encore 3 mois.  Ce sera vraiment juste pour mon départ en fin mars...

J’ai adoré Saigon.  Les rues sont larges et colorées par des néons, et la bouffe est excellente.  Finalement du goût et des saveurs dans ce pays !  Ici je retrouve les mets vietnamiens qu’on a au Québec et que j’aime tellement :  nouilles, viandes épicées, rouleaux de printemps et d’excellent sandwich (celles de Hanoi ne sont pas bonnes du tout !).  Il fait beaucoup plus chaud que dans le nord, où on porte déjà des manteaux et la plupart des gens ont des tuques, mitaines et foulard malgré le mercure qui ne baisse pas moins de 10 C.  À Saigon, c’est l’été et il fait chaud.  J’avoue que j’adorais bien le temps plus frais du nord, mais bon, ça va ici aussi.  C’est moins pire qu’en plein été.  Je me suis trouvé une petite chambre très correcte et propre à 5 US$ par nuit.  Je ne déjeune pas, et je ne mange qu’un sandwich pour le lunch.  Par contre, ça me coûte cher en moto-taxi, car l’orphelinat est loin du centre-ville.  Le soir, je me gâte un peu avec au palmarès no 1 un p’tit resto Thaï super bon, un autre indien et oui, je l’admets, Kentucky Fried Chicken.  Je me gave de poulet partout, car je suis en manque depuis que la grippe aviaire a explosé au Nord, et que tous les poulets et oeufs ont disparus des marchés et des restaurants.

Le 29 décembre 2005

Ce matin Rémi a pleuré beaucoup dans mes bras.  Ça doit lui faire tout un choc et toute une nouvelle adaptation que nos rencontres quotidiennes.  Le le serre donc, puis après 15 minutes je le prends dans mes bras et il se calme.  Puis tranquillement, il s’est mis à s’ouvrir, à jouer avec la cuiller et le bouchon de sa bouteille.  Il a pris sa cuiller et a commencé à faire un peu de musique en tapant sur une tasse.  À partir de ce moment, je savais que tout allait être bien.  Nos deux mondes se sont rencontrés, et je ne voulais rien de plus que d’interagir avec lui.  Il s’est mis à circuler dans la salle et a même demandé la porte pour aller dehors marcher, comme il aime tellement.  Il m’a aussi fait signe lorsque sa couche était trempée, et nous sommes allés à la toilette pour l’enlever.  Il s’est couché sur le dos pour que je lui en mette une nouvelle, et il s’est laissé faire.  Pendant ce temps, j’essayais de trouver la bonne grandeur de couche, et j’en ai passé quelques-unes avant de tomber sur la bonne.  Mais je l’ai mis à l’envers, j’ai recommencé et ouff, nous y sommes arrivés. 

Je suis passé par le bureau de Ho Chi Minh en fin de journée, et M. Vu me dit que mon dossier est « bloqué » car le Canada n’a pas finalisé l’entente avec le Vietnam, et que je devrais adopter d’une famille, et non d’un orphelinat.  Désespoir !  Il ne parle pas l’anglais, et c’est par chance qu’il y avait juste à côté de moi un gars qui a offert de traduire pour nous.  M. Vu dit que ça prendra « du temps » pour qu’il étudie mon dossier et qu’il s’assure que je ne brise pas de loi.  Je repasserai donc demain avec une carte et un peu d’argent, puis je demanderai à M. Long de lui téléphoner, voir si cela peut aider.

J’ai bien aimé passer la semaine à l’orphelinat.  J’y ai rencontré des parents adoptifs, et c’était la première fois que je pouvais partager avec des gens qui vivent la même chose que moi.  Étant donné que l’information ne coule pas de Mme Yen, ce sont de bonnes sources pour en savoir plus sur le déroulement de la démarche.   Il y a des enfants ici de tous les genres : trop jeunes pour savoir ce qui se passe, fillette de 2 ans qui hurle, une autre toute souriante, et deux gamins très interactifs.  Et le mien, celui qui observe beaucoup mais renfermé.  Ça fait du bien d’être ensemble avec les parents, tous des Français, et partager de notre expérience.  Et l’aventure continue...