9 au 16 février 2008
Voyage en Guinée et au Mali...
J’adore le feeling de partir à la découverte d’un pays, conscient que je connais peu et avec comme motivation une curiosité à tout savoir. Malgré toutes mes recherches sur Internet, je n’avais pas pu trouver grand chose sur la Guinée, les conditions de vie, les paysages, les gens. J’ai même tenté de contacter des volontaires du CECI ayant travaillé en Guinée, mais sans succès. Une fois, j’ai eu un courriel mais il en disait si peu. Il fallait donc m’y rendre et dépasser mon ignorance! C’est le 9 février que je pris un vol pour Bamako où je devais passer la nuit à mi chemin. En vol, j’ai rencontré un Québécois qui travaille à Ouaga depuis deux ans, installé avec sa copine et leur petite fille. Et drôle de coïncidence, il prenait le même vol que moi le lendemain pour la Guinée. Mon nouvel ami Pierre avait un représentant de sa compagnie qui venait le prendre à l’aéroport et il m’offrit un « lift » pour me déposer en ville. J’avais fait une réservation à une Mission Catholique que le guide Lonely Planet recommandait pour la valeur qualité-prix. J’ai dû trouver un taxi ce soir là avant de me coucher afin de m’arranger pour qu’il passe me prendre le lendemain matin à 4h30!
Une chance que je voyage toujours avec mon café instant, lait en poudre, sucre et bouilloire car le matin vers 4h00, je me leva puis pris un p’tit café avant de prendre la route. Mon taxi était bien là au rendez-vous, Dieu merci! Formalité à l’aéroport avec mon nouvel ami, anticipation grandissante pour notre arrivée à Conakry et départ tel que prévu à 7h00. Arrivée un peu après 8h00 et entrée dans l’aérogare. Le seul carrousel à baguage ne fonctionnait pas, donc chaque morceau était apporté manuellement. Puis les douanes avec longues tables et officiers qui « inspectent » papiers et contenu de baguages. La femme officier qui s’occupa de moi mis sa main sur mon sac et me regarda avec des yeux vitreux puis me dit : « Cadeau. Il faut cadeau pour moi pour passer». Ce fut un face à face qui sembla durer de longues minutes, puis elle se lassa et me laissa passer. Ouff. Bizarre comme comité d’accueil! Avec Pierre, je pris un taxi vers le centre ville et ma première impression de Conakry fut bonne. Y’a de quoi d’intéressant ici…
J’ai déposé mes sacs à la Mission Catholique, un peu cher quand même à 20$/nuit pour petite chambre de base, mais bon. Puis avec mon p’tit sac à dos et ma caméra numérique, j’étais prêt à découvrir la ville. En sortant, un gardien qui avait vu mon appareil cru bon de m’avertir qu’on ne peut pas prendre de photos à Conakry. « Quoi? Mais ça n’a aucun sens! », lui répondis-je. « il faut une permission », « mais de qui? ». Ma dernière question fut sans réponse, juste un hochement des épaules de sa part. C’est donc un peu avec méfiance que je me lancer à l’aventure, faisant attention d’être discret en prenant quelques photos. Aujourd’hui dimanche, la ville était assez tranquille car tout les magasins étaient fermés. Je ne pouvais donc pas trouvé de Télé-Centre pour appeler mon petit Rémi. J’ai déballé les rues une après l’autres, puis je me suis rendu à la côte qui longe la ville. Ouash. Pas très joli avec tous les déchets le long des rives. Mais il y avait un petit marché au bord avec d’énormes poissons à vendre puis de jolies pirogues de pêcheurs. Je me suis rendu au Novotel ou logeait mon ami Pierre au coût de 160$/nuit! On décida d’aller sur le bord prendre une bière dans une mini buvette, et je goûtai à la bière du pays, la Guiluxe. Excellente et avec un bon goût de micro-brasserie.
Ensuite on se dirigea vers le centre pour aller manger et on passa à côté de la présidence. Une rue la traverse et la grille étant ouverte, on entra afin de passer puis on vit 4 gardiens. On s’arrêta pour leur demander si on pouvait traverser et c’est là que nos troubles commencèrent. Ils se mirent d’abord nous demander de nous identifier et à exiger nos passeports. Mais Pierre n’avais pas le sien avec lui donc ils lui demandèrent de retourner à l’hôtel pendant que je resterais avec eux. Misère! 20 minutes de harcèlement, car ils insistaient pour me faire admettre que j’étais en infraction, que j’étais soit un rebelle ou un terroriste. Ils me menacèrent de prison et ce ne fut pas évident. Quoi faire? Se taire…. Mais il me provoquait et me criait après si je ne répondais pas à leurs questions. Offrir de l’argent, chose qu’ils voulaient sûrement? Finalement, Pierre eu la grandeur d’esprit de revenir avec deux staff Guinéen du Novotel, et après discussions et 15$, on pu partir. Pierre et moi étions atterrés, complètement bouleversé par cet événement. La Guinée venait de prendre un goût amer pour nous deux, et j’ai décidé là que je ne viendrais jamais habiter ce pays. Je soir là, je suis allé manger seul au resto Le Petit Bateau au bord de l’eau. Décor ordinaire, bouffe très chère et sans goût.
Lundi matin, la ville se réveille et la semaine commence. Il a plu la nuit dernière, chose extraordinaire vivant au Burkina où il ne pleut pas pendant 9 mois de l’année. Encore une fois je me suis baladé en ville, d’un bord à l’autre. Autre quelques artères principales, les autos ne circulent pas sur les petites rues. Ce qui donne la place au gens pour se laver sur le trottoir, faire à manger, jaser et pour les jeunes, jouer au soccer. Les rues de la ville sont donc bien animées, ce qui lui donne un caractère agréable. Le matin les rues sont assez propres car elles ont été balayées durant la nuit. Mais au fil du jour, les gens jettent leurs déchets dans la rue et elles deviennent en fin de journée infectes. En après-midi, je visita le supermarché Hyper-Bob afin de me donner une idée sur la disponibilité et les prix de produits. Conclusions – il y a généralement plus choses en Guinée mais les prix sont au moins le double, parfois le triple. Une même bouteille de vin au Burkina est 4$ mais elle en coûte 10$ en Guinée. Donc le coût de la vie est beaucoup plus élevé, même si l’allocation est identique à celle pour le Burkina. Je suis allé visiter la grande mosquée mais là encore, des gens sont venus vers moi pour me dire de ne pas prendre de photos. Finalement, il m'a laissé en prendre après l'avoir payé. Rencontre en fin de journée avec Pierre qui devait assister à une conférence sur le développement durant le jour. On est tous les deux encore sous le choc d’hier mais je lui avoue que je veux quand même donner une chance au pays et l’évaluer sous tous ses angles. Pas seulement en fonction d’une « bad luck ». Souper au resto La Gondole sur l’avenue de la République où on mangea la meilleure pizza de l’Afrique de l’ouest, avec du vrai fromage mozzarella et non pas emmental. J’ai réussi à téléphoner Rémi donc ça m’a fait du bien. Tout semble être dans l’ordre.
Mardi matin, je décida de me rendre au port de Boulbinet et prendre une pirogue vers les îles près de Conakry. On dit que les plages sont belles et qu’il fait beau aller s’y balader. À mon arrivée au port, on me dit qu’il n’y a pas de bateau régulier et qu’il y en aura peut-être un en fin de journée. Mais j’aurais à coucher sur l’île. Je décide alors de jouer l’africain et simplement attendre, debout, sans rien dire. Éventuellement, un homme vient me voir et m’offre de me joindre à un groupe qu’il doit accompagner à l’île, avec retour en fin de journée. Le prix est de 10$ au lieu de 50 sous, mais ça me semble quand même raisonnable. Le groupe de Air France arrive donc, une dizaine environ, et on prend le large. Ce qui me surprend le plus est de voir plusieurs grandes épaves de bateau qui dépasse l’eau, un peu partout. On m’explique que le passage est peu profond, environ 15-20 m, est c’est pourquoi les épaves dépasse le niveau de l’eau. On dépassa l’île très longue et mince de Kassa à gauche et Tamara à droite pour se diriger vers l’île de Room, dite la plus belle! En effet, la plage qui nous accueilli était superbe. Je laisse donc le groupe derrière pour me balader et découvrir cette île. Je ne me suis pas baigné car l’eau était tellement trop chaude que ça n’aurait pas été rafraichissant. Comme prendre un bain chaud, dans la mer! Yak! Je me suis arrêté à un petit resto pour une bière, puis je poursuis vers le village. Déchets partout et tas de merde le long du chemin, donc je fais vite demi-tour. Je retrouvai le groupe qui m’invita à les joindre pour diner – un vrai festin avec salade, poissons, gambas et fruits. Quel délice! Puis retour en bateau vers 17h00 pour rejoindre Conakry. Souper avec Pierre à la Fourchette Magique près de l’Hôtel Central. Pizza encore une fois – bonne mais pas autant que celle de la Gondole!
Mercredi, téléphone aux bureaux de CECI en Guinée afin de prendre rendez-vous avec le directeur. Je voulais le rencontrer afin de discuter d’un poste ouvert comme Conseiller en Communication. Mais déjà, je sais que je ne suis pas intéressé à venir travailler et vivre ici. Ca me déprime un peu car parmi toutes les options – Sénégal, Guinée, Vietnam et Népal – Il n’y en a aucune de « parfaite » qui semble me convenir. Lunch à la Gondole, genre de « diner » donc cette fois-ci je décide d’essayer le burger. Mais ce resto est la plaque tournante de Conakry et il est bondé de monde, TOUS des fumeurs! Boucane à en mourir donc je mange vite pour en sortir le plus tôt possible. Dernier souper avec Pierre qui quittera demain – on voulait aller à un resto indien mais il est en construction et ouvrira sous peu – le Taj Mahal. On opta donc pour le resto Chinois qui fut bon et cher. Ce soir là, je n’arrive pas à dormir en pensant à mes options de postes et je prends une décision – le Vietnam. Étant donné qu’il n’y a pas d’école française à Danang pour le poste que je veux, je devrai trouver une enseignante pour Rémi à la maison. Et me procurer les livres pour le curriculum de maternelle. Je sens que c’est la meilleure décision pour nous, avec possibilité aussi d’adopter une fillette rapidement. Je m’endors finalement, content d’avoir pris cette décision.
Jeudi matin à la première heure, je décide de passer par une agence de voyage pour changer mon billet d’avion. J’en ai assez de la Guinée. Il n’y a qu’un vol pour ce soir là, avec escale de deux jours à Bamako au Mali avant de poursuivre pour le Burkina. Je paye la pénalité de 75$ mais je suis content. Je fais mes valises pour libérer ma chambre, puis je me dirige vers le quartier Bellevue. Je m’arrête à un 2e supermarché, A-Z et celui-ci est quand même moins cher que le premier, Hyper-Bobo. Quand même, tous les articles sont plus chers qu’au Burkina… Je vais ensuite au resto l’Indochine pour le lunch, place très chic et super bien décorée. Bon repas et facture en conséquence de la place. Je prends ensuite un taxi, toujours bourré avec 2 personnes sur le siège avant et 4 derrières! J’arrive aux bureaux du CECI et je rencontre un volontaire. On jase des conditions de vie et il m’informe qu’il n’y a jamais d’électricité le jour, parfois le soir et souvent la nuit. Panne d’eau courante et de pétrole aussi. Emmerdes avec la police aux deux jours, etc. Le portrait confirme ma décision que ce pays n’est pas pour moi. On dit qu’en sortant de Conakry, les paysages avec jungle et montagnes sont superbes, quoi que les routes pour y accéder sont impraticables. Rencontre brève avec le directeur puis retour en ville pour manger une dernière fois la bonne pizza de la Gondole!
Ce soir là, pénurie d’essence donc les gens se battent pour entrer dans un taxi. Merde! J’arrive finalement à en arrêter un après en avoir vu une vingtaine me dépasser pleine de monde. Une fois à l’aéroport et au point de vérification de sécurité, la machine X-ray ne fonctionne pas. 3 officiers sont là pour prendre mes sacs et les tenir. Une femme me regarde avec un look de bandit et me demande « tu as combien d’argent sur toi? ». Dois-je mentir ou lui répondre la vérité? La vérité, non? Mauvaise idée. Un autre officier me dit alors « Tu dois payer sinon tu ne passes pas. Tu as compris? Tu donnes combien? ». Je lui offre 5000 CFA ou 10$, mais je suis sidéré. On me prend aussi mon ouvre-bouteille, mais ça je peux comprendre. Je passe à la salle d’attente enragé. Un des officiers vient me voir et je me demande « quoi encore… ». Elle me remet mon ouvre-bouteille mais je lui dit « ce n’est pas ça que je veux, c’est mon 5000 CFA! ». J’aurais pas dû dire ça, hein? Grande gueule Benoit! Et bien un autre officier revient par la suite avec mon argent, et mon ouvre-bouteille mais j’ai la chienne. Je me dis qu’on va m’arrêter et m’accuser de quelque chose, mais je pense qu’un officier sénior s’est aperçu de ce que ses collègues avaient fait et les avait forcés à me remettre mes choses. Une fois l’embarquement puis le décollage de mon avion quelques temps plus tard, je me sentis tellement soulagé de quitter se pays qui pour moi était menaçant… Arrivée à Bamako à 22h30, donc pas facile de trouver un hôtel à cet heure. J’ai dû aller à la Maison des Jeunes, une excuse de nom pour un trou sale et cher. C’était dégueulasse et infesté de moustiques. Le lendemain, j’étais content de faire mes baguages et trouver chambre à l’Auberge Lafia près de l’avenue de la Nation au centre ville.
Mon séjour de deux jours à Bamako fut un répit après la Guinée, et j’étais content de retrouver de « vrais » policiers et des gens sympathique. Je suis allé au marché central, un vrai dédale de ruelles impossibles à s’y retrouver mais avec plein de choses à vendre. Visite aussi au Village des artisans – très bien avec bonne sélection de batik, bogolan, etc. Je me suis promené en ville beaucoup, mais j’avoue que Bamako n’est pas très joli – pas de buvette ou petits magasins, saleté… et des quincailleries partout! J’ai vite fait le tour, et le deuxième jour, je n’avais rien à faire ou à voir. Je suis allé au Centre Culturel Français pour lire les journaux, puis je suis resté à l’Auberge. J’ai rencontré des Japonais, vrais pionniers de voyageurs avec un gars qui traverse TOUTE l’Afrique en vélo. Il est parti de l’Espagne pour ensuite faire la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée et la Mali. Puis ensuite il fera le Burkina et le Ghana. Il prendra un vol pour l’Éthiopie pour après faire la côte Est jusqu’en Afrique du Sud. Seul sur les routes! J’ai eu la chance de pratiquer mon Japonais qui n’est pas si mal que ça du tout! Avec d’autres japonais, on voulait aller au resto Thai le Sukothai mais toutes les tables étaient réservées. On est alors allé au resto chinois Long Ma, et ce fut très bon.
Retour pour le Burkina samedi le 16 février, et j’étais content de mon voyage mais aussi de retourner à la maison. Maintenant je comprends pourquoi les gens disent que des pays de l’Afrique de l’Ouest, le Burkina est le meilleur pour la stabilité politique et l’accès aux produits et services. Il fallait que je sorte du pays pour le constater. Mon voyage m’a donc permis de prendre une décision éclairée sur mon choix de prochain mandat, en plus de mettre en perspective mon expérience « africaine » grâce à ces nouveaux pays. Je reviens chez moi satisfait et heureux de retrouver mon train-train et mon petit Rémi. Vive l’aventure!